Le Việt Nam d'hier et d'aujourd'hui

La soie de lotus, un tissu rare et recherché

 

Récolter les tiges du lotus et en extraire les fils pour fabriquer un tissu « écolo », rare et recherché, le pari d’une tisseuse au Vietnam avec un argument d’opportunité : protéger l’environnement et créer des emplois.

Le lotus et ses usages

Le lotus avait du temps du régime féodal, une place importante dans la cuisine royale. De nombreux plats à base de feuilles de lotus, de racines ou de graines de lotus ont été créés pour leurs délicatesse et raffinement, pour le plaisir royal mais aussi pour leurs bienfaits sur la santé. De cette cuisine royale, le Vietnam a hérité de quelques mets qui ont traversé les siècles et sont devenus populaires.

En cuisine, les habitants du Centre disent que rien n’égale les lotus de Ho Tinh Tam (Hồ Tịnh Tâm – Lac du cœur serein) à Huê, qui possèdent une saveur et un parfum incomparables. Les gens du Nord vantent les mérites des lotus de Ha Tay Ha Hanoï (Hồ Tây Hà Nội – Lac de l’Ouest) à Hanoi. Ceux-là même qui sont utilisé pour le célèbre thé au lotus.

Au Tonkin, les feuilles de lotus et leur arôme si fin parfument les grains de riz jeune et vert, le com (cốm).

Le com consiste en grains de riz gluant jeune débarrassés de leurs bâles, pilés et grillés, permettant d’obtenir des grains une texture « dẻo« , un mot intraduisible en français. Sa couleur est vert tendre et son parfum léger.

Com et banh com
Com et banh com


Le com est dégusté seul ou avec des bananes mûres ou des kakis rouges. Il peut être sauté, frit avec du sucre et mangé comme gâteau au dessert : banh com (bánh cốm). Le com est produit dans quelques villages en banlieue de Hanoï : Lu, Mé Tri (Mê Tri), Mai Dich, mais le com du village de Vong (Vòng) est le plus réputé.

Manger par plaisir tout en prenant soin de sa santé est un principe fondamental de la cuisine vietnamienne.

Tout est comestible dans le lotus, de la racine jusquʼau fruit et à la fleur, en passant par la tige et les jeunes feuilles. Les feuilles matures parfument le riz et les étamines des fleurs, les feuilles de thé. Partout au Vietnam, le lotus est apprécié pour sa saveur douce particulière et son arôme délicat, mais aussi pour la variéte de ses différentes textures (farineuse, croquante, tendre) selon les parties utilisées. Il est tout autant apprécié pour ses propriétés supposées positives sur la santé.

Un tissu à partir du lotus ?

Au Vietnam, une tisseuse s’est lancée dans la confection de « soie » issue de tiges de lotus. Un tissu qui nécessite un travail important et fastidieux mais ne manque pas d’attrait pour les fabricants.

Phan Thi Thuan
Phan Thi Thuan

Dans un petit lac à la périphérie de Hanoï, Phan Thi Thuan, 65 ans 1, passe de longues heures à ramasser les tiges fanées de la plante qui endommagent les sols et attirent quantité d’insectes nuisibles. De retour dans son atelier modeste, elle les brise, extrait délicatement les filaments avant de les enrouler et de les tisser à l’aide d’un métier traditionnel.

Village de tissage de la soie de lotus

 

Le travail est important et fastidieux : une seule grande écharpe dans ce tissu, nommé “soie de lotus”, nécessite plus de neuf mille tiges et nécessite deux mois. Pour Thuan, qui a commencé à tisser depuis l’âge de six ans, le dur labeur en vaut la peine.
Cela me permet de créer du travail et de faire quelque chose pour l’environnement”,
en nettoyant les champs, explique-t-elle.

Elle emploie ordinairement une vingtaine d’ouvrières. À certaines périodes de l’année, notamment pendant la saison touristique qui attirait avant l’épidémie de covid-19 des millions de visiteurs, elle embauche des centaines de petites mains qui tissent dans leur maison.

Les bénéfices ne sont pas négligeables. Si un foulard en soie ordinaire se vend une vingtaine de dollars, une écharpe en soie de lotus peut rapporter jusqu’à plus de deux cents dollars. Également produit au Cambodge et en Birmanie, ce tissu est devenu un produit de luxe recherché par la haute couture et se vend à New-York, Milan, Paris, Rome ou Tokyo.

Perspectives

Le projet de Thuan est soutenu par le gouvernement vietnamien qui a promu une expérimentation au niveau national pour tenter de développer davantage cette technique de fabrication. Un artisanat semblable s’est développée au sud, dans la ditrict de Thap Muoi (Tháp Mười) de la province de Dong Thap (Đồng Tháp).

Un groupe d’étudiants des universités de Hanoi, avec la participation de Phan Thi Thuan, a conçu une machine prmettant le tissage automatique de soie de lotus qui assureons un meilleur revenu pour cette activité traditionnelle.


La première machine à filer la soie de lotus vietnamienne

 

Normalement, pour produire deux cent cinquante grammes de fibres suffisantes pour tisser une serviette de lotus de la taille d’une serviette ordinaire, il faut environ dix jours à une personne pour tirer la soie de près de trois mille tiges de lotus. Pour tisser un mètre de soie, environ quinze mille tiges de lotus sont nécessaires.

 

 

Une chanson

Trong đầm gì đẹp bằng sen
Lá xanh bông trắng lại chen nhụy vàng
Nhụy vàng bông trắng lá xanh
Gần bùn mà chẳng hôi tanh mùi bùn

Dans l’étang, qu’y a-t-il de plus beau que le lotus ?
Feuilles vertes, fleurs blanches, au milieu des étamines dorées,
Étamines dorées, fleurs blanches, feuilles vertes,
Proche de la boue, mais sans la puanteur de la boue.

 


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Contact

  1. Phan Thi Thuan – Village de tissage de la soie Phung Xa, My Duc, Hanoi

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